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Vingt-quatre heures après la défaite face à l'Espagne (0-1), la presse portugaise unanime : « Il est temps que Cristiano Ronaldo fasse un pas de côté ». A Bola, O Jogo et Record alignent leurs critiques, Jorge Jesus est déjà pressenti pour remplacer Roberto Martínez sur le banc de la Seleção.
Vingt-quatre heures après le coup de massue d’Arlington, la presse portugaise sort les mots durs. « Combien de tes larmes, Cris, sont des larmes pour le Portugal ? », questionne A Bola en Une mardi matin, dans un rejet à peine voilé d’un capitaine dont le Mondial 2026 vient de s’arrêter en huitième de finale. La Seleção das Quinas n’avait plus connu un tel tir groupé d’avis négatifs depuis la déroute de 2014, et le consensus est sans appel : il est temps, pour Cristiano Ronaldo, de tourner la page. À 41 ans, le joueur d’Al-Nassr reste pour l’instant silencieux sur la suite de sa carrière internationale — mais le journal Record lui donne déjà son fait : « Il a terminé », avec cette phrase du capitaine en guise d’oraison funèbre : « C’était mon dernier Mondial. »
Au Portugal, le temps du consensus a duré quelques heures. Lundi matin encore, le journal sportif O Jogo titrait en mode combatif : place à la Seleção, place à l’avenir. Mardi matin, c’est le bashing qui l’emporte, sur fond de désillusion sportive. Trois quotidiens majeurs — A Bola, O Jogo, Record — et le site officiel du doyen des quotidiens sportifs portugais alignent leurs analyses sur un même diagnostic : CR7 doit laisser sa place, et la fédération doit préparer l’après-Ronaldo sans plus tarder.
Le plus virulent est Francisco Vaz de Miranda, sur le site de A Bola, qui signe un éditorial au vitriol intitulé « Cristiano Ronaldo, on ne veut pas te « tuer », mais trop c’est trop ». Pour le journaliste, c’est l’heure de vérité : « Il est temps que Cristiano Ronaldo fasse un pas de côté, car, nous l’avons bien compris, son ego ne lui permet pas d’être un remplaçant. » Le mot « ego » revient à trois reprises dans la colonne, première pierre d’un réquisitoire bâti sur deux saisons de Mondial sans but éliminatoire, deux Euros en tête de classement d’appuis statistiques mais sans impact décisif.
« Ce qu’aurait été cette Coupe du monde sans l’obligation malsaine d’avoir Cristiano Ronaldo sur le terrain pendant 90 minutes restera à jamais un mystère, et même Donald Trump ne pourra rien y changer. » — Francisco Vaz de Miranda, éditorial A Bola, 7 juillet 2026.
Pour O Jogo, la critique est encore plus frontale : « Ronaldo est revenu hier vers les larmes pour faire ses adieux au Portugal, comme si, portés par ses larmes, nous retournions en 2022 — et au-delà de 2004 — et vers ce sentiment de déjà-vu qui consiste à rouvrir la porte pour découvrir les coupables. D’autres ou les mêmes. » Le journal sportif rappelle aussi que Roberto Martínez, désormais ex-sélectionneur, avait systématiquement refusé d’aligner Gonçalo Ramos ou Francisco Conceição dans l’axe, choix qui sont aujourd’hui visés en parallèle.
Ronaldo, lui, n’a rien confirmé au coup de sifflet final de lundi soir. Il a juste lâché, tête basse : « C’était mon dernier Mondial. Mais je ne vais pas décider à chaud si je continue. » La phrase, reprise par Record et citée en titre par A Bola, est à la fois un adieu au tournoi et une porte entrouverte sur 2027 — possible dernière Coupe du monde des confédérations, plus probable dernière Liga das Nações à la rentrée. Mardi matin, son clan n’avait pas publié de démenti ni de précision.
Sur le terrain, le bilan estadístico est sans appel : titularisé à chaque match depuis le début du tournoi, CR7 n’a marqué qu’une seule fois dans cette Coupe du monde, sur penalty contre l’Uruguay en phase de poules. Face à l’Espagne, il n’a touché que 31 ballons, dont 12 perdus, et n’a jamais mis Unai Simón en danger réel — séquence que L’Équipe résumait lundi soir en parlant d’un capitaine « resté de longues secondes immobile, visage défait et larmes visibles » au coup de sifflet final.
Une partie seulement de la presse lusitanienne se refuse à la mise à mort. O Benfica, dans son édition web, préfère rappeler que Ronaldo a porté la Seleçao en huitièmes et que le score aurait pu basculer à la 90e+9, quand Neves a frôlé le poteau droit de Simón. Pour la majorité de la presse, l’argument ne suffit plus : en huitièmes de finale d’un Mondial, le kaiser se mesure à ce qu’il fait dans le rectangle adverse, pas à ce qu’il aurait pu faire.
Avant le choc face à l’Espagne, Katia Aveiro, sœur de Cristiano Ronaldo, avait déjà livré un début de clarification : « C’est la dernière danse pour deux joueurs, un pour la Croatie et un pour le Portugal. » Mardi matin, cette première prise de position publique du clan est montée en grade, et c’est désormais vers la fédération portugaise que le doigt est pointé. Record souligne que le sélectionneur Roberto Martínez, qui « s’en va sur un bilan sans éclat ni gloire, décevant à l’image de la Ligue des nations, de l’Euro et de ce Mondial », ne peut pas tout porter seul. Pour A Bola, la conclusion est sans appel : « Si un grand bouleversement s’impose sur le banc, il en va de même sur le terrain. »
Sur le banc, le dossier est plus clair. Le départ de Roberto Martínez a été officialisé lundi soir, dans la foulée du match et avant la presse internationale. Mardi matin, c’est le nom de Jorge Jesus, 71 ans, qui circule avec insistance — A Bola annonce « Bonjour, sous Jorge Jesus, successeur choisi par Pedro Proença, président de la fédération portugaise ». Le technicien, libre depuis son départ du C.R. Flamengo en 2025 et confirmé à Lisbonne la semaine dernière, a déjà repris contact avec plusieurs cadres de l’équipe A.
Jesus est réputé pour son jeu offensif vertical et son management exigeant — profil inverse de Martínez, plus consensuel, et qui n’a jamais réussi à poser une hiérarchie claire entre Ronaldo, Bruno Fernandes et les jeunes offensifs (Ramos, Leão). Son arrivée, si elle est confirmée, poserait d’emblée la question du statut de CR7 : A Bola l’écrit sans détour, « si un grand bouleversement s’impose, il en va de même sur le terrain, et il est temps que Cristiano Ronaldo fasse un pas de côté ».
Reste à savoir ce que décidera le joueur. Mardi matin, aucune réaction publique. Ni communiqué, ni interview, ni message sur ses réseaux sociaux — un silence rare pour un homme qui poste chaque jour de la sélection un contenu à destination de ses 600 millions d’abonnés. La conférence de presse du sélectionneur adjoint, Guy Stéphan, mardi à 14h00 heure française (13h00 GMT), ne sera pas portugaise, mais française — celle du staff des Bleus à la veille de France–Maroc. Côté lusitanien, c’est Jorge Jesus, convoqué jeudi 9 juillet, qui livrera ses premières orientations.
Sportivement, l’élimination portugaise prolonge le cycle de rigueur en cours depuis l’Euro 2024. La Seleção sort en huitièmes d’un Mondial pour la troisième fois de suite (2018, 2022, 2026), une série noire que seule l’Espagne 2010-2014 avait enrayée. Le match de lundi soir à Arlington a prolongé un schéma connu : la Roja a remporté 11 de ses 12 derniers matches officiels, et n’a encaissé aucun but dans ce Mondial. Le but de Merino, à la 90e+1, a clos un huitième où le Portugal a eu 4 occasions nettes et l’Espagne 12. La domination espagnole est nette.
Le Portugal, lui, quitte le tournoi sans avoir trouvé de remplaçant offensif à Ronaldo dans le onze de départ. Bernardo Silva a tenté, João Félix a disparu après la 70e minute, Rafael Leão est entré sans peser, Gonçalo Ramos n’a pas joué. La photographie de lundi soir est devenue ce mardi matin l’image d’une génération qui finit, et la presse lusitanienne l’écrit désormais en lettres capitales.
Pour JustFootball, ce 7 juillet s’inscrit dans la même fenêtre que le récit du match d’Arlington, la matinale de la veille et le point de 11h sur le tableau des quarts : un choc ibérique qui ouvre la voie aux quarts, et un Portugal qui se retrouve désormais face à ses propres fantômes — la succession de Ronaldo, le choix d’un nouveau sélectionneur, et une reconstruction à mener sans son capitaine historique.