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Hervé Renard est nommé sélectionneur de la Tunisie jusqu'à la fin du Mondial 2026, à peine deux mois après son limogeage d'Arabie saoudite. Il remplace Sabri Lamouchi, viré après le 5-1 face à la Suède, et préparera le choc face au Japon dimanche. C'est la deuxième fois qu'il succède à Lamouchi — la première, c'était en 2014 sur le banc de la Côte d'Ivoire.
Hervé Renard n’a pas eu le temps de s’installer. Libre depuis son limogeage de l’Arabie saoudite en avril, le technicien français a été nommé mardi sélectionneur de la Tunisie jusqu’à la fin de la Coupe du monde 2026, à peine quelques heures après l’officialisation du départ de Sabri Lamouchi, son compatriote viré au lendemain de la déroute 5-1 concédée face à la Suède. Premier test : le Japon, dimanche (6h, heure française), à Guadalupe, au Mexique. Quarante-huit heures pour reprendre en main une sélection qu’il connaît par cœur — c’est la deuxième fois qu’il succède à Lamouchi, après la Côte d’Ivoire en 2014 — et qui ne s’est jamais tout à fait remise du naufrage de son entrée en lice.
Parti d’Arabie saoudite le 17 avril, à un peu plus de sept semaines du coup d’envoi du Mondial, Renard retrouvait l’aéroport de Roissy mardi matin — cette fois en provenance de Dakar, où il suivait un autre dossier. Le temps d’un café et de trois mots adressés à RMC Sport (« il n’y a pas à réfléchir »), il a repris un avion pour Monterrey, où l’attend son premier entraînement avec les Aigles de Carthage au centre de préparation des Rayados du CF Monterrey. L’accord a été officialisé dans la foulée par le président de la Fédération tunisienne, Moez Nassari, à la télévision publique.
À 57 ans, le natif d’Aix-en-Provence enchaîne un troisième Mondial d’affilée avec une troisième sélection différente : Maroc en 2018 (où il avait obtenu un 0-0 face au Portugal de Cristiano Ronaldo), Arabie saoudite en 2022 (avec l’exploit retentissant contre l’Argentine de Messi dès l’entrée en lice), Tunisie en 2026. Soit, en 18 ans de carrière internationale, une sixième sélection nationale à diriger, pour deux CAN remportées — Zambie 2012, Côte d’Ivoire 2015. Cette carte de visite-là n’a pas tardé à faire pencher la FTF, confrontée à l’urgence : la Tunisie n’a plus que deux matches à disputer dans la poule F, face au Japon dimanche, puis face aux Pays-Bas dans la nuit du 25 au 26 juin à Kansas City. Un succès relance la qualification, une nouvelle déception enterre le tournoi.
À l’inverse, Sabri Lamouchi n’a pas tenu un match. Nommé en janvier dernier pour relancer la sélection après une CAN 2025 décevante — élimination en huitièmes face au Mali —, l’ancien milieu de terrain des Bleus (12 sélections, 1 but) n’a jamais éteint l’incendie. La préparation, déjà, avait livré un signal alarmant : 5-0 concédé en Belgique, le 4 juin, à une semaine du coup d’envoi. Dimanche soir, à la lumière cruelle du Gillette Stadium de Foxborough, le duo Gyökeres-Isak a exposé toutes les fragilités défensives d’une équipe qui n’a jamais trouvé son équilibre tactique. 5-1 à l’arrivée, un cinglant rappel à l’ordre pour une sélection en quête d’identité.
Le profil de Lamouchi, c’était celui d’un tacticien méthodique, adepte du jeu positionnel et de la possession. Celui de Renard, c’est l’inverse : un discours galvanisant, une autorité naturelle et un sens du récit qui rappellent le coup de gueule à la mi-temps d’Argentine-Arabie saoudite, en 2022, devenu viral dans le vestiaire des Faucons. C’est précisément ce registre-là qui manquait, dimanche, à une équipe de Tunisie qui n’a pas su réagir à l’ouverture du score suédoise. La FTF a tranché dans la nuit, et a prévenu L’Équipe mardi matin avant que la Fédération ne confirme.
Ce n’est pas la première fois que la Tunisie change de sélectionneur en plein Mondial. En 1998, dans un contexte très différent — premier Mondial disputé à domicile par une nation africaine —, Henryk Kasperczak, le technicien polonais passé par Metz, Saint-Étienne, Strasbourg, Montpellier et Lille, avait été démis de ses fonctions après deux défaites inaugurales : 0-2 contre l’Angleterre, 0-1 contre la Colombie. Les Aigles de Carthage avaient terminé leur tournoi sur un nul anecdotique contre la Roumanie (1-1), sous la houlette d’Ali Selmi, l’adjoint. C’est précisément ce précédent que Renard et la FTF cherchent à conjurer : prouver qu’un changement d’homme, en cours de compétition, n’est pas une simple mesure cosmétique.
L’historique des coaches virés en plein Mondial est d’ailleurs une liste à part entière. Carlos Alberto Parreira, champion du monde 1994 avec le Brésil, avait été remercié par l’Arabie saoudite dès la première journée en 1998, après une défaite 0-4 face à la France. Cha Bum-geun, légende du football sud-coréen, avait connu le même sort la même année, après une humiliation 0-5 face aux Pays-Bas. Plus proche de nous, Julen Lopetegui avait été écarté par l’Espagne en 2018, deux jours avant le coup d’envoi, pour avoir signé au Real Madrid sans prévenir sa fédération. Le cas Lamouchi-Renard, lui, a une singularité : ce sont deux Français qui se passent le relais, à 12 ans d’écart, sur deux bancs différents.
Dimanche, Renard n’aura pas le choix : il devra poser une identité de jeu en deux séances d’entraînement, à défaut d’un cycle complet. Son premier adversaire a déjà livré sa carte de visite, la veille au soir : les Samouraïs Bleus ont accroché les Pays-Bas (2-2) pour leur entrée en lice, grâce à un doublé de Kamada et à la rigueur tactique d’Hajime Moriyasu, dont le fameux tableau blanc de la mi-temps a fait le tour des réseaux. C’est une équipe solide, organisée, qui n’a pris qu’un seul but en deux rencontres de préparation (contre l’Angleterre) et qui s’appuie sur un bloc compact. Face à elle, la Tunisie version Renard devra retrouver une discipline défensive que le 5-1 face à la Suède a mise à mal, et oser proposer des transitions verticales pour exploiter la profondeur.
Au-delà du résultat sportif, ce premier match de Renard sera aussi un test d’autorité. Arriver dans un vestiaire en pleine compétition, sans la moindre journée de travail commune, impose un rapport au temps particulier. Le technicien français l’a déjà fait : c’est lui qui, en novembre 2024, avait repris l’Arabie saoudite en pleine course à la qualification, obtenant quatre victoires sur les cinq matches suivants. Mais le contexte est différent : il s’agissait alors de qualifications, là où chaque match du Mondial est à élimination directe, dans l’ambiance verrouillée d’un vestiaire qui ne l’a pas encore vu travailler. Le rendez-vous est pris, dimanche, à 6h du matin heure française.