Coupe du Monde
15 juin 2026 6 min de lecture

Japon : le tableau blanc d’Hajime Moriyasu, l’arme insolite qui a cadré le nul face aux Pays-Bas

Japon-Pays-Bas (2-2) : comment Hajime Moriyasu a dicté ses consignes depuis le banc avec un grand tableau blanc. Méthode, contexte, suite du groupe F.

Le score (2-2) est déjà passé, les buteurs aussi — la matinale du 15 juin les a tous recensés. Ce qui reste, depuis la nuit de dimanche à lundi, c’est une image : Hajime Moriyasu, le sélectionneur du Japon, debout devant un grand tableau blanc posé au bord de la touche, en train d’y inscrire des chiffres XXL pendant que ses joueurs étaient à 50 mètres de lui, au milieu du terrain de l’AT&T Stadium d’Arlington. Une scène banale pour un cours de mathématiques. Pas pour un banc de Coupe du monde. Et c’est peut-être la signature japonaise de ce Mondial.

Un tableau au bord du terrain, des chiffres visibles à 50 mètres

À plusieurs reprises, dimanche soir, les caméras ont capté le sélectionneur et son staff en train d’écrire de grands nombres sur un tableau blanc installé juste devant le banc japonais. Pas de petits papiers, pas de signes en bord de touche, pas d’oreillette : de grands chiffres, tracés au marqueur, dimensionnés pour être lus depuis n’importe quel point de la pelouse, y compris par les joueurs les plus éloignés du banc.

Le procédé n’a rien de technologique, et c’est précisément ce qui frappe. Le staff a ressorti ce qui ressemble à un tableau d’école, mais utilisé à une échelle inhabituelle. Aucune autre sélection observée depuis le début du tournoi n’a encore eu recours à un tel dispositif pour faire passer ses consignes en direct. la soirée de présentation des groupes E et F avait d’ailleurs signalé la vigilance japonaise sur l’adversaire ; à Arlington, cette vigilance a pris une forme très concrète.

Deux lectures, pas exclusives, sont possibles. La première, la plus simple : un décompte. Le Japon courait après le score pendant une bonne partie de la deuxième période, et l’idée aurait été d’indiquer aux joueurs le temps qui leur restait avant l’égalisation. La seconde, plus tactique : des codes numériques appris en amont, utilisés pour appeler un plan de jeu précis sans avoir à traverser la moitié du terrain. Officiellement, personne n’a encore tranché. Moriyasu, en conférence de presse d’après-match, n’a pas détaillé la méthode.

Ce qui est sûr, c’est que la mécanique a fonctionné au moins une fois, au sens où le Japon a fini par recoller au score à deux reprises : d’abord par Keito Nakamura à la 57e minute (1-1), puis par Daichi Kamada à la 89e (2-2), au bout d’un corner frappé par Ogawa, sur une tête au point de penalty.

Moriyasu, le tacticien qui vise 2050

Le sélectionneur n’est pas un improvisé. Hajime Moriyasu, 57 ans, est en poste depuis 2018 et a déjà marqué l’histoire du football japonais : c’est lui qui a mené les Samouraï Blue à leur fameux succès 2-1 contre l’Allemagne en ouverture du Mondial 2022 au Qatar, puis à la qualification en 8es de finale. Avant le tirage du Mondial 2026, il avait livré sa feuille de route à L’Équipe avec une franchise rare pour un sélectionneur en exercice.

« Notre objectif à long terme est de remporter la Coupe du monde d’ici à 2050, et pour cela, il faut savoir ce qu’on a accompli et ce qu’il nous manque », résumait-il en mars, dans un long entretien pré-tournoi. Le Japon n’a encore jamais atteint les quarts d’une Coupe du monde (2002, 2010, 2018, 2022 : quatre éliminations en 8es, dont trois aux tirs au but). Moriyasu assume ce constat et en fait un programme.

Pour le préparer, le technicien s’appuie sur un bureau européen de la Fédération japonaise installé à Düsseldorf, et sur les nombreux internationaux évoluant en Bundesliga. Le tableau blanc d’Arlington n’est qu’un élément visible de cette méthode : le vrai travail de fond se fait en amont, sur la connaissance de l’adversaire et la répétition des plans en formation. Le jour du match, il ne reste plus qu’à rappeler, en direct, ce qui a été appris. L’image du coach et de son ardoise géante, c’est la version publique d’une préparation qui, elle, ne l’est pas. l’état de l’infirmerie japonaise avant le tournoi avait d’ailleurs montré, quelques semaines plus tôt, à quel point la gestion de l’effectif entrait dans cette équation.

Ce que la suite du groupe F dit de la méthode

Au classement du groupe F, le Japon prend un point précieux à Arlington et se replace dans la course aux 8es, sachant que huit des douze troisièmes de poules verront la phase à élimination directe. Mais le calendrier devient plus serré : la Tunisie arrive dimanche 21 juin, puis la Suède le 26 juin. Deux adversaires qui ont, eux aussi, pris des points dans la nuit de dimanche à lundi (la Suède s’est notamment imposée face à la Tunisie). notre profil du groupe F permet de mesurer l’enchaînement qui attend les Samouraï Blue.

Si la méthode du tableau a vocation à s’installer dans la durée, c’est maintenant qu’on va voir si elle est plus qu’une image. Contre la Tunisie, le Japon part favori d’un match qu’il devra gagner pour ne pas dépendre du résultat suédois. Contre la Suède, ce sera un choc direct pour la qualification. Le sélectionneur aura alors besoin d’autre chose que d’un marqueur. Mais le signal envoyé à Arlington est clair : pour Hajime Moriyasu, chaque minute compte, et chaque chiffre écrit au bord du terrain est un moyen de la rendre visible.

Reste une question, à laquelle seule la fin du tournoi apportera une réponse : l’arme insolite de la J1 deviendra-t-elle la marque de fabrique du Japon tout au long du Mondial, ou une simple anecdote de J1 ? Le prochain rendez-vous, dimanche face à la Tunisie, donnera une première indication.

Sources