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19 200 km en sept jours, 300 à 500 tonnes de CO2 attendues : Gianni Infantino offre à la critique climatique le symbole parfait du Mondial 2026 le plus étalé et le plus авиа-dépendant de l'histoire.
Mexico, Guadalajara, Los Angeles, San Francisco, Vancouver, Seattle, Kansas City, Houston : en sept jours de compétition, Gianni Infantino a déjà enchaîné dix tribunes à travers trois pays, le plus souvent flanqué de Youri Djorkaeff, son conseiller football. Ce que le patron de la Fifa n’avait pas prévu, c’est que son omniprésence tribunes livrerait aussi, en creux, l’addition carbone du Mondial 2026. Selon les calculs repris cette semaine par L’Équipe et Le Figaro, son seul jet privé Qatar Airways pourrait émettre l’équivalent du bilan annuel de 35 à 55 Français d’ici la fin du tournoi — et offrir à la critique climatique le symbole parfait d’une compétition présentée comme « la plus verte de l’histoire ».
Sur la première semaine du tournoi, Gianni Infantino a parcouru près de 19 200 kilomètres à bord d’un jet privé mis à disposition par Qatar Airways, l’un des sponsors officiels de l’épreuve. C’est la moitié du tour de la planète en sept jours — un record qui bat, sans la poésie du personnage, celui de Phileas Fogg.
Le détail de ses tribunes, que L’Équipe a reconstitué match après match, donne la mesure du rythme : Mexique–Afrique du Sud à Mexico puis Corée du Sud–Tchéquie à Guadalajara le 11 juin ; États-Unis–Paraguay à Los Angeles le 12 ; Qatar–Suisse à San Francisco et Australie–Turquie à Vancouver dès le 13 ; Belgique–Égypte à Seattle et Iran–Nouvelle-Zélande à Los Angeles le 15 ; Argentine–Algérie à Kansas City le 16 ; Portugal–RD Congo à Houston et Ouzbékistan–Colombie à Mexico le 17. Sans oublier une escapade à Miami le 14, dans le cadre d’un sommet exécutif rallié depuis Vancouver, qui ajoute 9 000 km aller-retour à lui seul.
Interrogé par L’Équipe et Le Figaro, Alexis Normand, fondateur du cabinet Greenly spécialisé dans l’évaluation des empreintes carbone, a posé les ordres de grandeur :
| Indicateur | Estimation Greenly |
|---|---|
| CO2 émis par Infantino sur la durée du tournoi (rythme 2 matches/jour) | 300 à 500 tonnes |
| CO2 avec l’effet d’altitude (traînées de condensation) | 700 à 900 tonnes |
| Équivalent en empreinte annuelle d’un Français | 35 à 55 personnes |
| Trajet Seattle–Los Angeles (15 juin) seul | 12 tonnes — bilan annuel moyen d’un Français |
| Une heure de vol en jet privé | ≈ bilan carbone annuel moyen d’un humain |
Sur les trois années précédentes, le média d’investigation Josimar avait déjà documenté 600 000 km parcourus par Infantino à bord du même appareil. À ce rythme, le Mondial 2026 ne fait que prolonger la trajectoire — mais à une échelle qui rend la trajectoire visible.
Le cas personnel d’Infantino n’est qu’une porte d’entrée. La vraie source du problème est dans la géographie du tournoi, rappelle le géographe David Gogishvili, de l’Université de Lausanne, interrogé par l’AFP et cité par Le Figaro : « Le cas personnel du dirigeant italo-suisse reflète parfaitement le problème systémique de ce tournoi, et plus largement de la direction prise par la Fifa. »
L’organisation, souligne le chercheur, a « créé un modèle structurellement dépendant des transports aériens » en réutilisant 16 stades dispersés à travers un continent. La comparaison avec le Qatar 2022 est sans appel : au Qatar, la distance entre deux stades n’excédait pas 75 km. Cette fois, Vancouver sur la côte ouest du Canada et Miami sur la côte est des États-Unis sont séparés de 4 500 km à vol d’oiseau.
Et le passage à 48 équipes — 104 matches au lieu de 64, étalés sur un mois et demi — n’a fait que démultiplier l’addition. La promesse du « Mondial le plus vert de l’histoire », portée par les organisateurs, semble désormais hors d’atteinte.
Sollicitée par Le Figaro, la Fifa explique que ses dirigeants arbitrent entre vol commercial ou privé « selon ce qui est le plus efficace et économique » et que, dans tous les cas, l’organisation « paie les coûts de voyage ». Une ligne de défense qui ne dit rien du coût environnemental — et qui, pour un sponsor comme Qatar Airways, aligne l’argument opérationnel avec l’argument marketing.
« Mettre chaque jour ses dirigeants dans des vols privés n’envoie pas exactement le message d’une prise de conscience climatique », résume David Gogishvili.
La Fifa a déjà communiqué sur le prochain Mondial, en 2030 : il sera disputé sur trois continents — principalement entre le Maroc, l’Espagne et le Portugal d’un côté, l’Uruguay, l’Argentine ou le Paraguay de l’autre. Le format reste donc à très forte dispersion géographique. Sans rupture sur la mobilité des dirigeants et des délégations, l’addition carbone du prochain tournoi promet d’être du même ordre, sinon plus.
Reste un fait simple : tant que le patron de l’instance qui vend le « football durable » donne lui-même l’exemple du jet, la critique climatique du Mondial aura une cible très concrète — et un symbole difficile à effacer.