Matchs du jour
Chargement des matchs...

Enseignants en grève, Sheinbaum dénonce une « provocation », sécurité renforcée : à J-2 du Mexique–Afrique du Sud, l'Azteca cristallise les tensions d'un Mondial2026 sous le signe carbone et artistique.
À deux jours du coup d’envoi du Mondial2026, l’Azteca n’est plus seulement le plus mythique des stades : c’est aussi le plus surveillé. Mardi9 juin, plusieurs milliers d’enseignants mexicains en grève ont brièvement bloqué le principal accès à l’enceinte qui doit accueillir jeudi (21h heure française) le match d’ouverture Mexique–Afrique du Sud, forçant les autorités à transformer le quartier en zone défensive avant le rendez-vous Shakira, J Balvin et Cie.
Le cortège s’est étiré sur plusieurs centaines de mètres avant de se heurter au dispositif policier, décrit par les autorités mexicaines comme une réaction de principe. La capitale a mobilisé plusieurs milliers d’agents, érigé des barrières en béton et placé une remorque en travers de la voie pour empêcher l’accès au stade.
Le mouvement est porté par une dissidence du syndicat de l’éducation CNTE, en conflit depuis la semaine dernière avec le gouvernement autour de deux revendications précises : une augmentation de salaire et l’abrogation d’une loi sur les retraites. Le secrétaire à la Sécurité de Mexico, Pablo Vázquez, a confirmé que la journée s’était terminée « sans incident » après une assemblée publique improvisée, tout en saluant « l’expression pacifique » du corps enseignant.
Mais la trêve reste fragile. Un campement a été installé à quelques encablures du Zócalo, là où la fanzone officielle a pris ses quartiers, et un appel à manifester a été lancé pour jeudi, jour du match d’ouverture. Pour la présidente Claudia Sheinbaum, ces actions relèvent d’une lecture politique : elle a qualifié mardi les protestations de « provocation destinée à dire : +Regardez comme la situation est mauvaise au Mexique+ ».
L’enjeu dépasse largement le folklore politique. L’Azteca, qui s’apprête à redevenir la première enceinte de l’histoire à accueillir au moins un match de trois Coupes du monde différentes après1970 et1986, n’aura droit qu’à cinq rencontres cette année — trois de poules, un seizième et un huitième — la FIFA ayant choisi de partager le gâteau avec les puissants voisins nord-américains.
Le match d’ouverture Mexique–Afrique du Sud (21h, heure française) constitue aussi un petit clin d’œil historique : c’est l’Afrique du Sud qui avait inauguré le Mondial2010 à Johannesburg. Le tirage au sort a par ailleurs figé la composition des groupes :48 équipes réparties en douze poules de quatre, soit104 matches sur39 jours jusqu’au19 juillet, et un huitième de match supplémentaire à gagner pour aller au bout, puisqu’un seizième de finale a été ajouté en phase éliminatoire.
Le volet artistique reste, lui, intact. À Mexico, à partir de90 minutes avant le coup d’envoi, Alejandro Fernandez, Belinda, Danny Ocean, J Balvin, Lila Downs, Los Angeles Azules, Mana et Tyla se relaieront autour du thème du Papel picado, cet art traditionnel mexicain du papier découpé. Shakira, comme en2010, signe la chanson officielle du tournoi.
Vendredi, à Toronto, la cérémonie canadienne alignera Nora Fatehi, Michael Bublé et un artiste français que la Coupe du monde a déjà adopté : Vegedream, auteur du tube « Ramenez la coupe à la maison » lors du sacre des Bleus en2018. Samedi, dans la nuit française (3h du matin, heure de Paris), le SoFi Stadium de Los Angeles fermera la marche avec Katy Perry, Tyla, Anitta et Future.
Pendant que la sécurité se consolide autour de l’Azteca, un autre compteur s’allume. Le dossier de candidature de2018 promettait « la moins émettrice de carbone des Coupes du monde de l’ère moderne » et un tournoi neutre en carbone. Huit ans plus tard, les estimations disponibles situent l’empreinte du tournoi à3,6 millions de tonnes de CO₂, de quoi en faire la deuxième édition la plus polluante du siècle, derrière le Qatar2022. Le débat sur le réalisme de ces engagements est ouvert avant même la première minute de jeu.
La FIFA et les autorités mexicaines disposent de48 heures pour transformer une démonstration de force sociale en simple anecdote de pré-tournoi. Trois points concrets sont sur la table : la sécurisation pérenne du périmètre de l’Azteca, l’encadrement du campement installé près du Zócalo, et la capacité à garantir la libre circulation des supporters étrangers attendus en nombre depuis les États-Unis et l’Argentine pour la cérémonie d’ouverture.
Si la pression se relâche d’ici là, le Mondial2026 commencera par un message de continuité festive. Si elle se maintient, le match inaugural se jouera avec, en arrière-plan, le bruit d’un pays qui veut aussi se faire entendre.