Coupe du Monde
18 juin 2026 8 min de lecture

Mondial 2026 : Ronaldo, Martinez et l’ombre d’Al-Nassr, l’équation qui empoisonne le Portugal

Presse portugaise sans pitié, Henry qui tance l’égoïsme, et une rumeur de négociation entre le sélectionneur et le club saoudien du capitaine : derrière le nul face à la RD Congo, le Portugal gère une crise à plusieurs étages avant d’affronter l’Ouzbékistan.

Cristiano Ronaldo dépité lors de Portugal-RD Congo (1-1), le 17 juin 2026 à Houston

Houston, jeudi 18 juin, 11 heures du matin en France. Au lendemain du nul du Portugal face à la RD Congo (1-1), les Unes de la presse lusitanienne ne parlent pas du résultat. Elles montrent toutes la même photo : Cristiano Ronaldo, regard dans le vide, main droite sur le visage. A Bola, Record, O Jogo, Correio da Manhã, Jornal de Noticias : cinq quotidiens, un seul homme au centre de la une. Et pendant que la star d’Al-Nassr sort du silence sur les réseaux sociaux pour appeler à « la tête haute », un autre sujet, plus politique, s’invite dans la conversation : selon RMC, le sélectionneur Roberto Martinez serait entré en discussions avancées avec Al-Nassr, où son capitaine évolue depuis janvier 2023. Un détail qui, à la lumière de la prestation de mercredi, change tout le récit.

« Comme ça, ça ne marche pas » : la presse portugaise déballe Ronaldo

Mercredi à Houston, le Portugal a raté son entrée dans la Coupe du monde 2026 en étant accroché par la RD Congo (1-1), 43e nation au classement Fifa. Au-delà du score, c’est la prestation individuelle du capitaine qui a déclenché la colère. A Bola titre « Comme ça, ça ne marche pas » et précise que « CR7 a joué 90 minutes et a gâché deux occasions de but de manière inhabituelle ». Record, sur le même ton, écrit « Comme ça, ça ne va rien donner pour le Portugal » et note que le capitaine a « ignoré les railleries des supporters de la RD Congo qui scandaient le nom de Messi » en sortant du terrain. Le quotidien ajoute que Ronaldo a été « parmi les premiers joueurs à quitter le terrain et n’a pas participé au long tour d’honneur effectué par ses coéquipiers ».

Plus sévère, O Jogo choisit le mot « Hors-jeu » pour résumer la soirée et évoque « une désillusion pour l’entrée en lice de la sélection, et une pauvre prestation de CR7 et compagnie ». Le journal reproche surtout « l’obstination de Roberto Martinez à titulariser Cristiano Ronaldo », et juge « pire encore » le choix de le laisser jouer 90 minutes « alors qu’il est clair que la star mondiale n’a plus l’endurance physique, la réactivité et l’efficacité devant le but qui l’ont toujours caractérisé ». Jornal de Noticias va plus loin encore : « Cancelo, Joao Neves et Pedro Neto échappent à la médiocrité affligeante dont fait partie Cristiano Ronaldo. »

Le portail Sapo résume la soirée d’une formule qui circule désormais dans tout le pays : CR7 a été « davantage un fardeau qu’un atout pour les ambitions du Portugal » dans cette Coupe du monde. Publico, plus politique, écrit que « l’équipe nationale, qui a cruellement manqué de verticalité, a été prise en otage par les mouvements individuels de Conceição et sa confiance en Ronaldo ». La formule « prise en otage », reprise par Le Parisien, est désormais celle qui résume le mieux l’état du sélectionneur.

Henry, Clichy, Sutton : la critique devient européenne

Le feu n’est pas seulement portugais. Consultant sur Fox Sports pendant le Mondial, Thierry Henry a ciblé directement l’égoïsme de Ronaldo sur une action précise : un retour en arrière de Francisco Conceição, CR7 qui devance Bruno Fernandes pour tirer… à côté. « Une chose est importante, les amis, pour tous ceux qui nous regardent à la maison : c’est l’équipe qui doit marquer, pas vous personnellement », a lancé l’ancien international français en plateau. Sa dissection est clinique : « Parce qu’il veut marquer lui-même, Ronaldo se place sur la trajectoire de Bruno Fernandes. S’il avait attaqué la zone des six mètres, vous auriez été obligé de le suivre. Et dans ce cas, cela aurait laissé un but tout fait à Bruno Fernandes. »

Le lendemain matin sur RMC, Chris Sutton, ex-attaquant de Premier League, a poussé l’analyse plus loin sur la gestion du sélectionneur : « Il a peur de le sortir. Ce n’est pas lui l’entraîneur. » Gaël Clichy, sur le même plateau, a prolongé : « Je l’ai vécu avec certains joueurs d’Arsenal et de Manchester City, où l’on sent que le joueur est tellement important qu’inconsciemment, il prend tout à tous les autres joueurs. » À l’étranger, The Independent titre en ligne « Dix hommes et une statue : le Portugal sacrifie une nouvelle Coupe du monde à l’ego de Cristiano Ronaldo ». Marca, quotidien espagnol qui a souvent défendu CR7 pendant ses années madrilènes, glisse que Roberto Martinez doit avoir « une dette envers Ronaldo pour le maintenir sur le terrain ».

Un dixième match sans marquer : le compteur s’allonge

Le cas Ronaldo a aussi un visage statistique, et il devient lourd à porter. Selon L’Équipe, le capitaine du Portugal a bouclé un dixième match d’affilée sans marquer en phase finale de grande compétition (Euro et Mondial confondus). Sa dernière réalisation dans un grand tournoi remonte au penalty contre le Ghana en ouverture du Mondial-2022, avant l’élimination en quarts. Contre la RD Congo, il a tiré trois fois sans cadrer (68e, 74e notamment), enlevé un ballon à Bruno Fernandes sur l’action décriée par Henry, et touché une vingtaine de fois le ballon sans jamais peser sur le bloc défensif congolais.

Au passage, il a établi un autre record : à 41 ans, il est devenu le joueur de champ le plus âgé à débuter un match de Coupe du monde, dépassant Pepe. Le contraste avec Lionel Messi, qui fêtera ses 39 ans dans six jours et a planté un triplé retentissant contre l’Algérie mardi, est saisissant. Comme l’écrit Le HuffPost, « les deux stars vieillissantes de ce Mondial-2026 n’ont pas la même vie ». Après le match, Ronaldo a minimisé : « Nous n’avons manqué de rien. C’est le football, le Portugal aurait pu gagner mais aussi perdre. » Sa sœur Katia Aveiro, elle, a crié au « vol » sur Instagram, pointant une « faillite collective » de l’équipe plutôt que de son frère.

Martinez-Al-Nassr : l’angle que personne ne voulait voir

C’est la bombe de la journée, et elle change la grille de lecture. Selon le journaliste RMC Fabrice Hawkins, relayé par Foot01, Roberto Martinez serait entré en négociations avec Al-Nassr, où évolue Cristiano Ronaldo. Son contrat avec la sélection portugaise s’achève après le Mondial. Pour Foot01, le spécialiste du football portugais Nicolas Vilas Boas résume la situation en une phrase : « Si ça se conclut, on est face à l’un des conflits d’intérêt les plus lunaires de l’histoire du foot portugais (et y’en a eus !). » Le quotidien A Bola confirme que le sélectionneur est en contact avancé avec le club saoudien, même si rien n’est encore signé.

Dans ce contexte, le choix de titulariser Ronaldo et de le maintenir sur le terrain pendant 90 minutes, malgré une prestation transparente, prend une autre couleur. Le lecteur d’A Bola cité par Foot01 résume le sentiment général : « On comprend pourquoi il garde son futur patron sur le terrain. » Pour O Jogo, l’obstination du sélectionneur devient suspecte : pourquoi faire jouer 90 minutes un joueur dont « il est clair qu’il n’a plus l’endurance physique, la réactivité et l’efficacité » ? La question, désormais, n’est plus seulement sportive. Elle est déontologique.

Ouzbékistan mardi : Martinez doit trancher

En conférence de presse d’après-match, Roberto Martinez a défendu son capitaine sans trembler : « Dans un tel match où nous avons des difficultés à entrer dans la surface, il faut tirer profit des qualités de Ronaldo. Ça n’aurait aucun sens de sortir le meilleur buteur de l’histoire lors d’un match où vous avez besoin de marquer. L’expérience de Cristiano dans la surface est importante, comme la façon dont il attire les défenseurs. » À Marca, il a ajouté que « ça n’a aucun sens » de remplacer son capitaine. Mais la pression monte, et le sélectionneur le sait. Prochain match, mardi, face à l’Ouzbékistan à Houston, un adversaire qu’on a appris à mieux connaître la veille avec son entrée en lice historique au Mondial. Une victoire relancerait la mécanique et ferait taire, provisoirement, la tempête. Une nouvelle contre-performance, en revanche, relancerait la question que tout le Portugal se pose : à 41 ans, avec un sélectionneur dont l’avenir se dessine peut-être à Riyad, le capitaine est-il encore un problème ou la solution ?

Au cœur du tumulte, Ronaldo a posté un message sur X jeudi soir : « Ce n’était pas le début que nous voulions, mais rien n’est terminé. Tête haute et concentration sur le prochain match. » Une réponse sobre, presque muette, là où la planète football attend des explications — la matinale du 18 juin a déjà posé le décor du groupe K.

Sources