Depuis plus de deux ans, l’Arabie Saoudite attire les footballeurs de renom avec des contrats mirobolants, mais qu’en est-il du quotidien de leurs épouses et compagnes, les fameuses WAGs ? Entre luxe éclatant, contraintes culturelles et défis sociaux, leur vie dans ce royaume très conservateur est loin d’être simple.
Un eldorado financier aux conditions rigoureuses
Le football en Arabie Saoudite connaît un bouleversement depuis la signature de Cristiano Ronaldo avec Al-Nassr en décembre 2022, avec un salaire estimé à plus de 3 millions d’euros par semaine. Cette vague a entraîné des stars comme Neymar, Karim Benzema ou Roberto Firmino à rejoindre la Ligue Saoudienne.
Si les joueurs bénéficient de rémunérations exceptionnelles, les sacrifices sont nombreux : faible exposition médiatique, niveau de compétition inégal et les critiques autour du bilan en droits humains du royaume. Pourtant, ce sont souvent les partenaires qui vivent les défis les plus quotidiens dans un pays marqué par une culture profondément conservatrice.
Luxe et privilèges pour certains, restrictions pour d’autres
Cristiano Ronaldo et sa compagne Georgina Rodríguez jouissent d’un traitement privilégié : ils vivent ensemble dans une villa de 17 chambres à Riyad, dérogation exceptionnelle à la loi saoudienne qui interdit normalement la cohabitation de couples non mariés.

Malgré la richesse de la capitale, le reste du pays reste marqué par des attitudes plus conservatrices. Certaines épouses et compagnes témoignent de leur peur à l’idée de sortir en public, de devoir respecter un code vestimentaire strict et de subir un regard souvent hostile.
Les contraintes culturelles et sociales pesantes
Les femmes expatriées rencontrent fréquemment des difficultés à cause des règles liées à la tenue vestimentaire, comme le rappel d’interdiction de porter des shorts en public, même sous des températures élevées.
« On nous reprochait de montrer les épaules et certaines parties des jambes, on a même été interdites d’entrée dans certains centres commerciaux », confie une compagne de joueur sous anonymat.
Selon la loi de la décence publique instaurée en 2019, les femmes saoudiennes n’ont plus obligation de porter le niqab ou l’abaya noire traditionnelle mais doivent toujours porter des vêtements amples et couvrant les coudes et chevilles. Pour les étrangères, naviguer dans ce cadre reste compliqué, particulièrement dans les régions hors Riyad.
Harcèlement et incidents durant les événements sportifs
Le climat social peut aussi rapidement devenir hostile, comme l’ont vécu plusieurs WAGs lors de la finale de la Supercoupe d’Espagne organisée à Jeddah en janvier. Cristina Palavra, épouse du joueur de Majorque Dani Rodríguez, a décrit des épisodes de harcèlement et d’insécurité pendant le déplacement.

D’autres compagnes, comme Natalia Kaluzova et Sara Noguera, témoignent de comportements déplacés : vidéos non consensuelles, attouchements et intimidation. Ces expériences traduisent un choc culturel important, oscillant entre restrictions strictes et dangers concrets.
Des choix de vie alternatifs : l’exemple de Bahrain
Pour échapper à ces contraintes, certains footballeurs et leurs familles choisissent de ne pas résider en Arabie Saoudite mais dans le voisin Bahrain, beaucoup plus ouvert. Steven Gerrard et Jordan Henderson, ex-coéquipiers à Liverpool, ont ainsi opté pour l’expatriation dans la capitale Manama pendant leurs passages au club Al-Ettifaq.

Bahrain offre un environnement plus détendu, où les femmes peuvent circuler en shorts et vestes sans crainte et où les activités sociales sont plus accessibles. Pourtant, certaines compagnes trouvent la vie assez cloisonnée, assimilable à « une bulle luxueuse » mais pas forcément épanouissante à long terme.
Une transition en douceur mais lente vers la modernité
Le pays, malgré son programme Vision 2030 initié par le prince Mohammed ben Salmane, voit ses évolutions sociales progresser doucement. Neyda Rodriguez, Colombienne habitant en Arabie Saoudite depuis dix ans et amie de plusieurs WAGs, souligne que les restrictions choquent encore les compagnes de joueurs étrangères, mais que l’argent motive leur présence.
« La vie est meilleure qu’il y a cinq ans, mais le changement reste trop lent pour beaucoup », commente-t-elle.









