À l’approche de Fort-de-France, les catégories de la Transat Café Le Havre Normandie se livrent des duels variés sous l’effet des alizés. Les Class40 avancent encore du côté des Açores, pendant que les ULTIM, Ocean Fifty et IMOCA glissent dans un entonnoir de conditions. Chaque binôme croit en ses choix et se bat contre les éléments autant que contre ses adversaires; personne n’a encore franchi la ligne d’arrivée, mais l’épreuve promet un verdict fort dans les heures qui viennent.
ULTIM : Derniers virages
À environ 200 milles d’avance et 450 milles à parcourir jusqu’à Fort-de-France, SVR Lazartigue semble proches d’une victoire sur cette Transat Café Le Havre Normandie. L’avance est estimée à environ 370 kilomètres, et environ 833 kilomètres restent à couvrir pour atteindre la Martinique. Sur Sodebo Ultim 3, Tom Laperche et Franck Cammas ont franchi plus de 600 milles au cours des dernières 24 heures, dopant l’écart en leur faveur et témoignant d’une vitesse de navigation soutenue.
Le Pot au Noir, franchi Nord-Sud, n’a pas bouleversé la dynamique: Lazartigue a accru son avance sur ses dauphins. Sur les cartes, la route vers Fort-de-France paraît directe, mais il subsiste des empannages à régler et des grains à négocier avant d’aborder les reliefs de la Montagne Pelée.
Ocean Fifty : Nouveaux visages
On entendait Céleste voix d’Emmanuel Le Roch sur Edenred, remplacée ce matin par celle de Baptiste Hulin, enthousiaste, épaulé par Thomas Rouxel. Le binôme, discret mais redoutable, a longtemps évolué dans l’ombre après l’arrêt à l’Aber Wrac’h: “On est reparti avec 140 milles de retard, puis 200 le long du Portugal et là, être en tête, c’est génial même si on regrette un peu que ce soit suite à l’avarie d’Edenred.”
Cette nuit, les grains ont tenu les skippers en éveil, sans leur laisser de répit. Viabilis Oceans mène la flotte en 24 heures avec 480 milles parcourus, alors qu’Edenred 5, privé de son grand gennaker, accuse un rythme plus lent et se retrouve derrière d’environ trois noeuds en moyenne sur la journée. Troisièmes derrière Wewise (Pierre Quiroga–Gaston Morvan), Emmanuel Le Roch et Basile Bourgnon résistent et tentent d’endiguer les assauts du Rire Médecin Lamotte, distants de quelques milles. Le tandem Luke Berry–Antoine Joubert démontre la pertinence des trimarans de 15 mètres, qui, bien manœuvrés, conservent une belle compétitivité sur les courses au large.
Il reste environ 36 heures d’efforts pour s’assurer une place au soleil. “Rien n’est gagné, mais le bateau est à 100 % et les bonhommes à 200 %”, lance Baptiste.
IMOCA : « Si t’empannes, t’es un lâche ! »
Dans la catégorie IMOCA, les empannages tardifs gagnent des positions et les essais vont bon train. Macif Santé Prévoyance et 11th Hour Racing ont pris l’initiative puis ont dû s’ajuster. Jérémie Beyou et Morgan Lagravière n’ont pas manqué leur coup; “On a empanné pile au bon moment et c’était une bonne journée pour nous. On continue à tout donner !” résume Beyou. Charal domine ce moment avec plus de 70 milles d’avance, le plus grand écart observé dans la flotte depuis le départ. Le plan Manuard croise celui du Verdier de Goodchild et Berrehar, qui commencent à évoquer le besoin d’un réajustement. S’il reste encore environ un cinquième du trajet jusqu’à Fort-de-France, les occasions de revenir s’amenuisent pour les poursuivants.
À l’ouest, les grains deviennent plus nombreux et offrent des opportunités de reprise ou de perte de milles: Beyou souligne que le vent peut atteindre 30 nœuds et qu’il faut adapter sans cesse voiles et réglages pour garder une avance stable.
Class40 : Par le col ou la vallée
Quarante bateaux au départ de La Corogne et une flotte qui se filtre encore par le nord et le sud, avec deux fronts successifs durant la nuit. Ocean Connect The Sea Cleaners a démâté hier; Interaction (Yannig et Erwann Livory) et RDT Logistic Forvis Mazars (Renaud et Gilles Courbon) ont fait demi-tour vers Cascais et abandonné officiellement, laissant derrière eux des traces dans le tableau du jour. Entre autres, SNSM Faites un don évoque une caisse à outils toujours prête et Corentin Douguet précise que le bateau est sec et opérationnel pour les prochains fronts: “Là, on profite du vent revenu à 20 nœuds pour sécher le bateau et faire un check.”
Leader depuis 48 heures, Corentin Douguet et Axel Tréhin maintiennent l’écart sur Legallais, alors que Amarris (Achille Nebout–Gildas Mahé) est dixième à 171 milles du leader, avançant plus vite au large et ralentissant légèrement à l’approche du but. La flotte se distend entre pros et amateurs, et Alderan occupe désormais la 32e place à environ 260 milles du leader. Douguet prévoit de repartir en bâbord amures pour viser le prochain front et aller au bout de son option dans ce contexte très sélectif.









