Dans cette deuxième édition de notre série sur les Mancs célèbres, le Manchester Evening News retrace le destin de l’une des figures les plus marquantes du football anglais : Sir Alex Ferguson, l’icône de Manchester United. Après 26 saisons de règne, son héritage demeure omniprésent au club, même si les années qui ont suivi son départ ont apporté des défis à la direction. Ferguson a instauré une culture de performance et de discipline sans équivalent, façonnant le visage d’un club devenu synonyme de réussite et d’exigence.
Origines et formation
Alexander Chapman Ferguson est né le 31 décembre 1941 à Govan, dans Glasgow. Il est l’aîné de deux fils de Alexander Beaton Ferguson, aide-outilleur dans un chantier naval, et de son épouse Elizabeth. Govan était le cœur de l’industrie sidérurgique et navale, un quartier industriel où la vie tournait autour des docks et des chantiers. Après l’école primaire et le lycée local, il débute le football au Harmony Row Boys Club, puis rejoint Drumchapel Amateurs, un club de jeunesse réputé pour sa production de talents.
Parallèlement à sa progression sportive, Ferguson entame un apprentissage comme outilleur dans une usine du sud de Glasgow et devient délégué syndical. Son parcours de joueur est celui d’un attaquant prolifique, malgré des périodes de frustration, qui le voient passer par Queen’s Park à 16 ans tout en travaillant comme outilleur, puis par St. Johnstone à partir de 1960.
Jeunesse sportive et tournants
À la fin de 1963, la carrière de Ferguson à St Johnstone est enlisée et il envisage même l’émigration au Canada. Lors d’un match à Ibrox contre les Rangers, un coup du destin intervient : après une période difficile, il signe un hat-trick dans une victoire 3–2, tranchant les doutes et convainquant Dunfermline de le recruter comme professionnel à temps plein. Peu après, il épouse Cathy Holding en 1966 et, l’année suivante, effectue un transfert record vers les Rangers pour environ 75 000 €, marquant ainsi un tournant majeur de sa trajectoire.
Son passage à Ibrox se termine mal, notamment après une défaite en finale de la Coupe d’Écosse en 1969 qui le relègue hors de l’équipe première. Il rejoint Falkirk en qualité de joueur-entraîneur, puis Ayr United, et met fin à sa carrière de joueur en 1974. Cette même année, il accepte le poste d’entraîneur à East Stirlingshire, où son approche méthodique et son tempérament bouillant commencent à se manifester.
De East Stirlingshire à Aberdeen: la montée en puissance
À East Stirlingshire, Ferguson développe une rigueur managériale et une exigence qui impressionnent le staff et les joueurs. Après un passage à St Mirren, il est vivement sécoué en 1978, et rejoint Aberdeen la même année. C’est là qu’il renverse la hiérarchie du football écossais en s’attaquant à la domination traditionnelle des deux clubs d’envergure, les Old Firm, et en remportant le championnat en 1979-1980, une première en 15 ans pour quiconque n’était pas Rangers ou Celtic.
Sa discipline et sa personnalité lui valent les surnoms « Le Seigneur obscur » et « Fergie furieux » de ses joueurs. Son tempérament, parfois explosif, est relayé par des anecdotes devenues célèbres, comme les fameuses réprimandes qui transparaissent dans les récits sur le « traitement au sèche-cheveux » qui a marqué la culture du vestiaire écossais dans les années 1980.
À Aberdeen, il signe des succès européens notables, comme la victoire en Cup Winners’ Cup en 1983 face au Real Madrid, et des trophées supplémentaires en Super Coupe d’Europe et en Coupe d’Écosse. En 1985, après le décès tragique de son mentor Jock Stein, Ferguson devient manager par intérim de l’Écosse, ce qui témoigne de son rayonnement et de sa reconnaissance dans le monde du football.
Le regard tourné vers Manchester United
Le 6 novembre 1986, Ferguson prend les rênes de Manchester United, succédant à Ron Atkinson, avec l’objectif affiché de faire tomber Liverpool de leur piédestal et de redéfinir la culture du club, alors en proie à une spirale négative. Lors des saisons qui suivent, son influence se fait sentir à travers des transferts marquants et une refonte du groupe qui pose les bases d’un renouveau durable.
Les années 1987-88 voient l’arrivée d’acteurs clés comme Steve Bruce, Viv Anderson et Brian McClair, et United se classe deuxième. Le club traverse des périodes difficiles dans les années qui suivent, notamment durant la saison 1989-1990, lorsque des voix demandent son départ. Le tournant survient avec une victoire 1–0 contre Nottingham Forest en FA Cup, en troisième tour, qui relance le projet et permet au club de remporter la Coupe nationale la même saison.
La reconstruction porte ses fruits dans les années 1990: Ferguson mène United vers l’un des règnes les plus prolifiques du football européen. Avec une génération talentueuse menée par Ryan Giggs, David Beckham, Nicky Butt, Gary et Phil Neville, et Paul Scholes, s’ajoute Eric Cantona, recruté lors de l’émergence d’un style flamboyant. Après les épisodes marquants, dont le fameux « coup de pied de Kung-Fu » de Cantona en 1995, Ferguson soutient ses joueurs et rétablît l’harmonie en faisant revenir Cantona et en poursuivant l’objectif du Double, atteint à la saison 1995-1996. Au total, Ferguson remporte avec United 13 titres de Premier League, deux Ligues des champions, cinq FA Cups et quatre coupes de la Ligue.
Une ère qui s’achève et un héritage durable
Sir Alex Ferguson a pris sa retraite de Manchester United en 2013 pour soutenir sa femme Cathy, qui venait de traverser une période de deuil. Son départ survient après avoir remporté sa 13e ligue, couronnant une longue période de succès. Il demeure ensuite ambassadeur du club jusqu’en 2024, malgré une hémorragie cérébrale subie en 2018 nécessitant une intervention d’urgence.
Au fil des années, sa vie personnelle a connu des épreuves, notamment le décès de Cathy fin 2023, qu’il décrit comme l’un des moments les plus difficiles. Ils ont élevé trois fils ensemble et, après la vente de leur maison de Cheshire pour environ 3,8 millions d’euros, Ferguson s’est installé à Goostrey, près de Knutsford, près de ses proches. Depuis sa retraite, il continue d’assister régulièrement aux matchs, souvent depuis la loge des dirigeants.
En octobre 2025, il a été aperçu dans les tribunes lors d’un derby contre Liverpool, souriant et partageant un sachet de bonbons Cadbury avec Kenny Dalglish, ancien adversaire et légende du club adverse. Pour les supporters de United, Ferguson restera à jamais une force inébranlable sur le banc, mais ses plus grandes victoires pourraient aussi être celles vécues en dehors des projecteurs, dans les coulisses et dans la manière dont il a forgé l’esprit d’un club devenu référence mondiale. Sir Alex Ferguson est désormais et restera à jamais l’un des Mancs adoptés les plus emblématiques de la ville.









