Londres a accueilli dimanche son 10e match de saison régulière de la NBA, le duel entre les Memphis Grizzlies et les Orlando Magic se soldant par 126-109 en faveur des Grizzlies. L’ambiance restait toutefois différente des éditions précédentes, marquée par une attention accrue autour d’une éventuelle expansion du basket en Europe et l’émergence d’un projet de ligue européenne indépendante.
Trois jours après la victoire du Magic sur les Grizzlies lors du premier match de saison régulière disputé en Berlin, ce succès des Grizzlies aclose une double affiche européenne qui a suscité un fort enthousiasme autour du basket et de son potentiel de croissance à l’échelle du continent.
Pour 2027, Paris et Manchester accueilleront un double rendez-vous, Manchester recevant en outre son premier match NBA en saison, et en 2028 Berlin et Paris organiseront chacun une nouvelle rencontre. Toutes ces villes figurent parmi celles évoquées par la NBA dans son plan à long terme pour une ligue européenne indépendante, susceptible d’être lancée dans les deux prochaines années.
Des clubs de football comme Manchester City et le Real Madrid figurent parmi les objectifs de la NBA pour installer des franchises européennes, avec des représentants des deux clubs présents à une présentation organisée lundi à Londres.
À l’échelle amateur, le basket est le sport à la croissance la plus rapide au Royaume-Uni et bénéficie du soutien financier de la NBA, du gouvernement britannique et d’acteurs régionaux. Mais sur le plan professionnel, le Royaume‑Uni accuse un retard marqué par rapport à ses pairs européens; alors que quatre joueurs britanniques figuraient sur les effectifs NBA cette saison, ce chiffre demeure faible comparé à d’autres pays européens.
Dans le cadre de l’évolution des plans autour d’une ligue européenne NBA, l’heure semble venue de considérer un tournant pour l’avenir du basket britannique et européen.
Les plans envisagés sous le nom provisoire de NBA Europe prévoient une ligue indépendante composée de 12 à 16 équipes, avec éventuellement un système de qualification méritocratique et de promotion/relegation. Londres, Manchester, Paris et Berlin seraient des villes hôtes et la ligue pourrait regrouper des équipes existantes, de nouvelles structures et des clubs de football qui ne disposent pas encore d’équipe de basket.
Delà, Londres est pressentie comme l’un des centres clés des ambitions européennes de la NBA, malgré l’absence d’une scène basket développée localement. Il est peu probable que Londres soit une franchise liée à un club de football; la ville est envisagée comme un modèle à imiter pour d’autres implantations de NBA Europe, en partie en raison de son attractivité mondiale et d’infrastructures comme l’O2 et un nouvel aréna en cours de construction.
Selon le commissaire de la NBA, Londres incarne un marché pilote et, en termes d’infrastructures, l’O2 est une arène majeure en Europe, générant des revenus supérieurs à la plupart des salles américaines. Culturlement, les liens New York-Londres et les échanges dans les domaines de la mode et de la musique renforcent ce positionnement.
Un nombre croissant de joueurs internationaux et une audience européenne en hausse, combinés à la collaboration avec la FIBA, alimentent le potentiel de ce projet. La NBA voit l’intérêt des investisseurs et des sponsors comme significatif, et des voix engagées d’anciens joueurs soutiennent l’idée d’une ligue européenne.
Face à cela, l’EuroLeague demeure l’opposition principale, l’organisateur de la principale compétition européenne de clubs ayant récemment menacé d’actions juridiques si la NBA approche des clubs européens. Paulius Motiejunas, le patron de l’EuroLeague, affirme que ces projets pourraient soit moderniser le statu quo, soit le fragiliser selon la manière dont ils sont présentés.
Au‑delà des obstacles, d’autres questions logistiques restent à régler, comme le calendrier, le prix des billets, le format et les déplacements. Si la ligue se crée selon les propositions actuelles, des franchises pourraient devoir se déplacer jusqu’en Turquie ou en Grèce pour des matches.
Isiah Thomas, icône des 12 fois NBA All-Star, souligne la nécessité d’évaluer les aspects logistiques d’un tel mouvement, tandis que l’ancien joueur rappelle que les déplacements internationaux d’aujourd’hui se gèrent bien mieux qu’au passé et que des ressources pourraient être mobilisées dans différents pays.
Pour sa part, Adam Silver affirme que le succès d’une NBA Europe sera mesuré d’abord par la croissance du sport en Europe, et non par des indicateurs purement commerciaux; la ligue pourrait d’abord jouer dans des arènes plus petites avant de s’établir durablement dans des installations plus vastes et adaptées.
La direction évoque aussi la possibilité que des matchs soient organisés dans des arènes plus petites en phase initiale, avec des tarifs alignés sur ceux des grandi événements sportifs européens.
Et après ? Après le match de dimanche à Londres, la NBA a tenu une présentation privée à destination des parties prenantes et investisseurs potentiels autour de NBA Europe. Des représentants de Manchester City, du Real Madrid, du FC Barcelone, du Bayern Munich et de l’AC Milan étaient présents, tout comme les clubs Olimpia Milano et Alba Berlin. Des fonds privés tels que JP Morgan, KKR et Raine ont aussi assisté à la réunion, aux côtés des légendes Pau Gasol, Tony Parker et Zlatan Ibrahimović. Ibrahimović a déclaré qu’une NBA dotée d’un modèle économique solide et capable de capter l’adhésion des fans européens serait une réussite et « magique ». Il a ajouté que l’objectif est de rendre le projet populaire et durable.
On évoque un droit d’entrée compris entre 500 millions et 1 milliard d’euros, décidé au cas par cas, et une ouverture à des investissements majoritaires de fonds souverains pour les franchises européennes, avec une limite actuelle de 20 % pour ces fonds. À mesure que Manchester organisera un double‑en-tête avec Paris dans douze mois, l’avenir de NBA Europe devrait devenir plus clair et la faisabilité d’un lancement pour la saison 2027–2028 sera mieux éclaircie. Steve Nash, double MVP, estime que Londres possède un potentiel considérable, même s’elle n’est pas une ville historiquement associée au basket en Angleterre; bâtir une base de fans et une structure de club serait bénéfique pour l’Europe, le basket et la NBA, et les talents internationaux qui rejoignent la ligue peuvent attirer un public mondial.









