
Dissolution de groupes de supporters : un projet controversé en France
Le projet de dissolution de neuf groupes de supporters inquiète les spécialistes du football en France.
Depuis plusieurs semaines, le ministère de l’Intérieur examine la dissolution de plusieurs groupes de supporters, une initiative qui suscite de vives préoccupations parmi les spécialistes. Neuf groupes sont sous surveillance, et cinq d’entre eux pourraient bientôt faire l’objet d’une procédure de dissolution, incluant la Brigade Loire (FC Nantes), les Offenders (RC Strasbourg), la Légion X (Paris FC), ainsi que les Magics Fans et les Green Angels (AS Saint-Etienne).
Des accusations graves à la clé
Selon une source proche du ministère, ces groupes sont décrits comme ayant commis des violences envers les forces de l’ordre, des dégradations de biens publics, ainsi que des chants jugés homophobes ou racistes. La procédure de dissolution pourrait être déclenchée dès qu’un groupe est soupçonné d’être responsable de tels comportements.
Ludovic Lestrelin, sociologue spécialisé dans le domaine des tribunes, indique : “Je ne suis pas surpris, ça fait plusieurs semaines qu’on entend des rumeurs.” Concernant ce sujet, le député Sacha Houlié déclare que stigmatiser les supporters pour des raisons de notoriété est une tradition ancienne au sein du ministère de l’Intérieur.
Un timing qui soulève des questions
Ce qui interpelle particulièrement, selon Houlié, est le moment choisi pour cette annonce. “La situation s’est apaisée, on est loin des incidents répétés,” explique-t-il. La législation récente avait contribué à un climat plus serein, alors que des recommandations faites en 2020 ont été mises en œuvre pour assouplir les restrictions concernant les déplacements des supporters.
Malgré cela, les incidents de la finale de Ligue des champions 2023 semblent avoir amorcé cette nouvelle dynamique de répression. “On a voulu faire passer les supporters pour des voyous alors que c’était un échec organisationnel de l’Etat et de l’UEFA,” critique le député.
Une confusion entre groupes ultras et hooligans
Les différentes cibles de la dissolution soulèvent également des préoccupations quant à la diversité des groupes visés. “Ce qui interpelle, c’est que les cinq groupes visés sont fort différents,” souligne Lestrelin. Tandis que certains, comme les Magics Fans, sont des ultras historiques, d’autres, tels que les Offenders, sont associés à des comportements hooligans.
Les accusations de Beauvau mettent en avant non pas la nature des groupes, mais leur comportement. Les incidents répétés autour de la Brigade Loire, tels que des tentatives d’envahissement de terrain, sont mis en avant pour justifier cette dissolution.
Les implications de ces dissolutions
Les experts s’accordent à dire que dissoudre ces groupes peut engendrer des conséquences négatives. Ludovic Lestrelin prévient que cela risque de dégrader les relations entre les supporters et les autorités, favorisant un climat propice aux incidents. Huolie précise que l’administration doit collaborer avec les groupes de supporters pour une gestion efficace des matchs et des déplacements.
Il rappelle également que les groupes de supporters jouent un rôle clé non seulement au stade, mais également dans leur communauté. “Dissoudre des groupes d’ultras comme la Brigade Loire risque de s’avérer contre-productif,” déclare-t-il.
La réponse des supporters et des autorités
Face à ces annonces, les ultras stéphanois dénoncent ce qu’ils appellent “une entreprise de communication politique, guère subtile.” Ce point de vue est partagé par d’autres, qui soulignent que ces mesures peuvent être vues comme un moyen de masquer le manque de solutions durables face aux comportements violents.
Selon une source au ministère, cette initiative vise à limiter le coût de la sécurité lors des matchs, avec environ un tiers des forces de sécurité intérieure mobilisées pour le football lors des jours de match. Cela soulève des interrogations sur la place de l’encadrement des supporters par le ministère des Sports, traditionnellement chargé de ce dossier.
Réflexions sur le futur des supporters
Sacha Houlié lance un appel à la compréhension : “Les supporters de football ne sont pas des hooligans violents. Ce sont des membres de la communauté, des familles qui se rassemblent pour vivre des émotions.” Les ultras se sentent considérés comme des sous-citoyens, une perception qui, selon lui, doit cesser.
Il conclut en soulignant que la gestion des supporters nécessite une approche basée sur le dialogue, plutôt que sur la répression.