André Herrero, visage buriné et regard bleu acier, fut une figure emblématique du rugby toulonnais et de Mayol. Capitaine, entraîneur puis président du Rugby Club Toulon, il a marqué plusieurs époques et imposa ses convictions sur et hors du terrain. À 87 ans, il s’est éteint, laissant derrière lui une carrière riche et un souvenir durable chez les supporters.
Natif du Var et fils d’un joueur d’origine espagnole, Herrero évoluait en troisième ligne et pilier. Son parcours débuta à l’Arsenal de Toulon avant de rejoindre le RC Toulon et de faire ses débuts en Première Division à dix-neuf ans.
Capable d’évoluer en deuxième et en troisième ligne, il fut pressenti en 1960 pour disputer la tournée tricolore en Argentine mais souffrit d’une fracture tibia-péronée à Carmaux et dut déclarer forfait. Sa première sélection internationale n’intervint qu’en 1963. Il remporta des victoires marquantes : face aux Springboks (8-6) lors de la tournée de 1964 et, la saison suivante, contre les Gallois (22-13) dans le Tournoi des Cinq Nations.
Capitaine-entraîneur du RC Toulon, il disputa en 1968 la finale du Championnat perdue face à Lourdes avant de s’incliner trois saisons plus tard devant Béziers. Alors qu’il était au sol, un coup de pied biterrois lui brisa une côte et, soigné, il reprit sa place sans jamais savoir qui l’avait agressé. Ce traumatisme le hanta tout au long de sa vie.
Dans la foulée, dix des quinze titulaires de cette finale quittèrent la rade pour Nice, alors en Deuxième Division. Avec ce corsaire à sa tête, Nice accéda à l’élite deux saisons plus tard. Après avoir raccroché les crampons en 1978, il revint à Toulon en 1981 et entraîna le RCT jusqu’en 1983, avant de prendre la présidence pour la saison 1991-1992, au terme de laquelle Toulon fut sacré champion de France.
Nommé manager du XV de France en 1992 à la demande de Bernard Lapasset, il démissionna trois ans plus tard pour marquer son désaccord avec les joueurs ayant fait grève durant la semaine, au motif qu’ils souhaitaient des compensations à l’heure où le rugby avait quitté sa gangue amateure. Il resta néanmoins président de la commission de sélection et membre de la FFR jusqu’en 2000.
Après sa retraite, ce grand-père atypique prit plaisir à traquer le thon et l’espadon en Méditerranée sur son petit chalutier, puis s’adonna au bridge tout en restant fidèle à Mayol les soirs de match. À sa femme Roseline, à ses deux filles et à ses cinq petits‑enfants, ainsi qu’à ses frères et proches, L’Équipe adresse ses plus sincères condoléances.









