Les trophées de football : une histoire de beauté et de nostalgie

Les trophées de football : une histoire de beauté et de nostalgie

Découvrez l'histoire et la beauté des trophées de football des années 1970, symboles d'élégance et de passion du sport.

France

Il existe une courte vidéo sur Internet où le regretté commentateur de football Hugh Johns évoque ce qui rendait le jeu des années 70 si captivant. Il élabore une liste: compétence, spectacle, football sans pitié — puis il glisse un commentaire sur ce qui a suivi. Cette remarque, bienveillante et nostalgique, n’est pas une rancune mais une méditation. Ensuite, la liste repart, portée par son accent doux: il y avait des personnages, des joueurs élégants et du plaisir.

Johns est décédé en 2007, mais il est difficile d’imaginer que les évolutions du football depuis lors l’auraient amené à retirer les années 70 de leur place sur le piédestal qu’il leur avait construit. Je ne suis pas là pour trancher le grand débat sur l’âge d’or du football; en revanche, je souhaite attirer l’attention sur un autre élément que Johns aurait peut-être ajouté à sa liste: les trophées. À l’époque, ces trophées avaient une beauté saisissante.

Pour illustrer ce que je veux dire, souvenez-vous du trophée que les champions d’Angleterre — vainqueurs de l’ancienne First Division — levaient jusqu’à l’arrivée de la Premier League en 1992. Il ressemblait à quelque chose sorti d’une illustration d’Arthur Rackham, ce précieux vase dans lequel un roi elfe aurait jalousement caché un Élixir de jeunesse ou une mèche de sa bien-aimée. Et il passait des mains de grands cracheurs de nerfs comme Tommy Smith ou Kenny Burns.

Ou essayez le trophée original extraordinaire de la Super Coupe d’Europe, autrefois disputé entre les vainqueurs de la Coupe des clubs champions (aujourd’hui la Ligue des champions) et l’ancienne et regrettée Cup Winners’ Cup. C’était une coupe immense au style médiéval que l’équipe de design aurait peut-être imaginé pour Game of Thrones, avant de la repousser comme trop ridicule. Il n’a jamais semblé aussi imposant que dans les bras des joueurs de l’Ajax, victorieux par une nuit agitée à Milan en 1973 (avec, pour une raison inconnue, chacun portant ce qui ressemblait à des peignoirs du hôtel du club).

Et que dire de l’Inter-City Fairs Cup ? Cette coupe figure dans une photographie belle et contemplée par Billy Bremner, qui attendait la douane à l’aéroport de Manchester après que Leeds eut battu Ferencváros lors de la seconde manche de la finale de 1968. Ses dimensions exactes restent difficiles à saisir — petite ou lointaine ? — et les anses sur les côtés évoquent des ailes d’ange. Le site Game of the People la décrit comme un trophée qui « aurait facilement accueilli un bouquet de roses en soie ». On l’appelait aussi Noel Beard Cup, du nom du joaillier qui l’avait fabriqué. Cela ne pourrait pas arriver aujourd’hui.

Ah, oui. Maintenant, ce n’est pas pour autant nier, mais les trophées plus récents ne tiennent pas leurs promesses. Le trophée de la Premier League me laisse indifférent, avec sa couronne dorée qui parvient à être à la fois sobre et voyant. La version actuelle de la Super Coupe d’Europe est terne. Le trophée remis pour la finale des barrages du Championnat n’est guère mieux. Et le dernier ajout, la Coupe du Monde des clubs façonnée par Tiffany et présentée l’an dernier par Donald Trump à Donald Trump (et à Chelsea aussi), est spectaculaire et ostentatoire, certes, mais trop carnavalesque pour son bien. On a l’impression que ce serait l’objet d’un courtier de Wall Street en mission pour afficher sa puissance, plutôt que le reflet d’un moment de gloire footballistique.

Le football des années 70 peut souffrir d’un mauvais procès, mais il avait aussi ses réussites à glorifier et à célébrer.

Et il n’est pas nécessaire de se tourner uniquement vers des exemples voisins du monde sportif. Le trophée remis au vainqueur du rugby, le championnat du Premiership, est minimaliste et oubliable en comparaison. L’Afrique du Sud, la Nouvelle‑Zélande, l’Australie et l’Argentine s’affrontent chaque année pour ce qui ressemble à l’un de ces cendriers sur pieds si répandus dans les années 70. Seul le Webb Ellis Trophy, la Coupe du Monde de rugby, laisse entrevoir un espoir: une délicate confiserie dorée qui atteint des sommets d’originalité lorsque levée par un deuxième ligne dont les mains sont plus grandes que le trophée lui-même.

J’ai grandi en Irlande dans les années 70, où nous avions aussi la délicate Liam MacCarthy Cup pour le hurling et la Sam Maguire, basée sur le chef‑d’œuvre du VIIIe siècle, l’Ardagh Chalice, pour le football gaélique. La FA Cup, la League Cup, l’European Cup — toujours présentes — et ces autres trophées disparus formaient un véritable défilé d’éclat dans nos vies. Ce défilé avait une magie particulière car les trophées récompensaient des compétitions demandant une maîtrise immense, mais qui s’associait à une grande douleur, à de la sueur et à des efforts acharnés. Des triomphes éclaboussés de sang et de boue. Hugh Johns avait raison. Le football des années 70 peut être mal vu, mais il a aussi laissé des accomplissements glorieux.

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