Praud à Nantes : deux années surréalistes et une trajectoire complexe

Praud à Nantes : deux années surréalistes et une trajectoire complexe

Ancien DG délégué du FC Nantes (2008-2010) et figure médiatique, Pascal Praud revient sur ses années nantoises, ses maladresses et les tensions entre supporters et dirigeants.

France

Pascal Praud, figure médiatique et ancien dirigeant, a vécu deux années surréalistes au FC Nantes entre janvier 2008 et février 2010. Au téléphone, il a tout de suite tenté de décourager nos efforts en déclarant que parler de lui dans L’Équipe serait « une idée parfaitement saugrenue et inutile ». « Pourquoi veux-tu faire un papier sur moi ? Qui ça intéresse, franchement ? Nantes, c’était il y a quinze ans et en plus, j’étais mauvais, ce n’est quand même pas très gentil de ta part », affirme-t-il.

Il fut conseiller personnel du président Waldemar Kita et directeur général délégué du club. Aujourd’hui, il reconnaît ne pas être capable de décrire précisément le contenu de ses journées dans ce rôle, tout en concédant que son passage fut intense et mémorable.

Deux années marquées par des bouleversements: six entraîneurs se sont succédé sur le banc des Canaris et le club a été au cœur d’un conflit virulent avec les supporters. À La Jonelière, le centre d’entraînement, les proches de Praud se souviennent surtout de son bureau et de son image, parfois plus que de son influence réelle.

« Tu ne vas trouver personne pour dire du bien de moi, ça, c’est sûr », souffle l’intéressé, avec une pointe d’autodérision et de culpabilité. Cette lucidité, parfois cruelle, illustre le regard que beaucoup avaient sur lui à l’époque.

Né à Nantes en septembre 1964 et enfant du club, Praud avait passé ses années de formation au FC Nantes et avait quitté le journalisme pour aider Kita à appréhender l’environnement local. À Nantes, il raconte que son quotidien ressemblait à une promotion salariale: « À Nantes, je multiplie mon salaire par deux, j’ai un appartement de fonction, une voiture. Cela prouve qu’il ne faut jamais faire les choses pour l’argent. »

Avant Nantes, il disait: « À TF1, j’étais sur une voie de garage; Thierry Gilardi arrive, je suis viré de Téléfoot en décembre 2003, je travaille pour les journaux télévisés. Je couvre l’Euro 2004, la Coupe du monde 2006, mais je m’ennuie. Je gagne très bien ma vie, je me souviens que mon dernier salaire, c’était 9 000 €. Mais j’ai envie de bouger. » Il est parti après avoir obtenu un gros chèque lors d’un rendez-vous avec Nonce Paolini, et il est revenu avec une conviction nouvelle: « À Nantes, je multiplie mon salaire par deux… »

Ancien coéquipier de Philippe Diallo, Praud a rencontré Kita plusieurs années avant son arrivée au club, alors qu’il gagnait ses 9 000 € mensuels lors d’animations dans le monde de l’entreprise. Praud est drôle, cultivé et séducteur et a toujours été présent dans le monde du football. Il a accepté d’apporter son expérience « chez lui » et a fini par quitter Paris pour revenir en Loire-Atlantique avec des certitudes et des maladresses.

Pascal Praud à Nantes 2007 avec Kita

En 2007, avec le nouveau propriétaire Waldemar Kita face aux supporters. Pas encore DG mais déjà dans les parages. (Photo: Thomas Bregardis/Icon Sport)

Les supporters nantais les plus assidus, en revanche, détestent toujours Praud, même s’ils ne le poursuivaient sans doute plus jusqu’à son domicile aujourd’hui. « J’habitais place Royale, dans un bel immeuble », raconte-t-il. « Un soir, je rentre et je découvre la cage d’escalier maculée d’autocollants avec l’inscription : “Praud, tu es une trompette”. Bon, évidemment, ce n’est pas très glorieux, les voisins me disaient : “Monsieur Praud, quand même…” »

Les exemples de sa cote de popularité incertaine ne manquent pas. Il s’en amuse. « Quand tu déjeunes en terrasse avec ta fiancée et que tu vois un gars qui s’arrête, se met à te regarder fixement, sort son téléphone, appelle manifestement ses potes, puis qu’un deuxième arrive et que très vite, ils sont dix à t’insulter alors que tu es à trois mètres, il y a plus agréable. Mais bon, tout cela n’est pas très grave, quand même. Ma nature me pousse à prendre les choses avec un peu de légèreté et de dérision. »

« Je n’avais pas les codes, je n’étais pas bon, et c’était d’ailleurs assez humiliant. Mais cette expérience est celle qui m’a le plus servi dans ma vie sur le plan humain », répète Praud. Il explique avoir dû accepter l’idée qu’il n’était pas fait pour le monde du football. « Bosser avec lui, c’était vraiment particulier », se souvient un ancien collègue. « Un jour, il m’a défoncé parce que j’avais eu le malheur d’éteindre mon téléphone à 23 heures. Il appelait à n’importe quelle heure et j’ai vu des gens pleurer en sortant de son bureau. Il régnait par la peur et c’était déstabilisant, parce que, à côté de cela, il pouvait être super rigolo et très sympa. Au final, on peut constater qu’il n’était pas à sa place. »

Pour lui, cette période a été formatrice: « Je pensais que j’étais mort dans le métier, mais j’ai eu beaucoup de chance; la Coupe du Monde 2010 m’a permis de rebondir, et je suis revenu avec deux fois plus d’envie qu’avant. »

Waldemar Kita: « On ne s’est jamais fâchés »

Le président se souvient d’un besoin initial d’un responsable marketing et communication, et précise que Praud, Nantais convaincu et frère d’un club qu’il connaît depuis l’enfance, semblait avoir le profil adéquat. Le départ s’est fait à l’amiable, et Kita affirme que Praud a ensuite « fait son chemin avec beaucoup de succès ». Il insiste sur le fait que la presse locale était parfois jalouse de ce Nantais revenu de Paris et qui réussissait. Praud, reconnaît-il, a été intelligent en disant: « J’ai essayé mais ce n’est pas pour moi ». Kita déclare qu’ils ne se sont jamais fâchés et qu’ils ont conservé des liens respectueux, ajoutant que le monde du football n’est pas un univers dans lequel Praud pouvait s’épanouir durablement. « Le foot, c’est bien, c’est sympa mais tu t’enfermes intellectuellement; ton cerveau ne bosse plus, il faut faire d’autres choses. »

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